Comment guérir une blessure d'abandon? 

La blessure d’abandon trouve ses origines dans nos expériences relationnelles passées, souvent infantiles, et renvoie à une instabilité affective difficile à vivre au quotidien : liée à la peur du rejet et à la crainte de ne pas être aimé(e) et accepté(e), la blessure d'abandon se manifeste par des troubles du rapport à soi-même (mauvaise estime de soi, sentiment de ne pas être à la hauteur) et par des comportements excessifs dans les relations affectives : la demande d'amour est massive et les attentes démesurées. La personne blessée aura tendance à rechercher un absolu dans ses relations affectives qui fait écho à l'ampleur de ce dont elle a manqué ; dans la relation, le manque d'amour occupe une place majeure et ouvre la voie à la dépendance affective, dans la mesure où la solitude est fréquemment redoutée. La blessure d'abandon est aussi associée à une sensibilité marquée au rejet et à une grande réactivité : les comportements qui ne comblent pas la faille affective ne sont pas tolérés et déclenchent souvent une colère, voire une agressivité, qui peut sembler déplacée. En réalité la personne se retrouve en permanence confrontée à la même douleur ancienne, réactivée par tout ce qui ne la rassure pas entièrement sur l'amour inconditionnel et absolu de son partenaire ou de ses proches. Si pensez souffrir d'une blessure d'abandon, sachez que ce n'est pas une fatalité et que l'on peut s'en libérer, notamment grâce à un accompagnement thérapeutique adapté. Vous trouverez ici quelques éléments pour mieux comprendre votre fonctionnement ainsi que des conseils pour apaiser votre vie affective.  
 

La blessure d'abandon, qu'est ce que c'est ?  
 
Freud utilise la notion d'« angoisse d’abandon » pour désigner le vécu précoce du bébé dès lors qu'il n'est plus en contact avec son/ses donneur(s) de soin (le plus souvent ses parents). Lorsqu'il est laissé seul, la peur d'être abandonné s'installe très rapidement chez le nouveau-né car il se sait instinctivement impuissant et incapable de survivre par lui-même. Si elle est mineure et que l'absence n'est pas trop longue pour l'enfant, c'est à dire pour ses capacités d'intégration psychiques, cette angoisse s'efface dès le retour du parent. Il va progressivement apprendre la présence-absence de l'objet (le parent) pour s'individualiser petit à petit et se construire comme un être psychiquement distinct. En revanche, et il n'y a pas de mesure objective à cela, si l'attente dépasse les capacités d'intégration du bébé, l'angoisse d'abandon peut créer une blessure psychique et émotionnelle durable et qui se réactivera au cours de sa vie.Spitz, psychiatre et psychanayste américain, observe ce traumatisme chez des enfants en bas âge séparés de leur mère et placés en institution, juste après la seconde guerre mondiale. Il montre que l'enfant à le besoin vital d'un contact humain régulier et nourrissant psychiquement pour se développer, au delà de la satisfaction de ses besoins primaires. Des carences dans ce domaine entraînent notamment une forme de dépression dite « anaclitique » chez le tout-petit, qui impactera lourdement son développement psychique. Au delà de ces carences précoces et massives, une blessure d'abandon peut apparaître plus tard, au cours de l'enfance ou de l'adolescence principalement, en lien avec différentes événements (deuil, départ d'un parent...) et/ou à cause d'une relation dégradée avec les figures parentales, ou de violences effectives (négligence, maltraitance...). On peut ajouter que la profondeur de la blessure n'est pas nécessairement en rapport avec la violence objective de l'événement réel. Il est possible de souffrir d'une blessure d'abandon à l'âge adulte sans être en mesure d'en identifier les causes concrètes : chaque personne possédant une sensibilité particulière et donc des capacités d'intégration psychiques limitées et qui lui sont propres, des micro-traumatismes, non identifiables en tant que tels, peuvent aussi suffire à créer une blessure d'abandon. Celle-ci se traduit par un « syndrome d'abandon » qui se manifeste comme un état psychologique et émotionnel d'insécurité ayant des conséquences sur la vie relationnelle, mais aussi sur le rapport à soi-même. La blessure d'abandon est en effet le plus souvent associée à une faible estime de soi, le vécu de l'abandon étant plus ou moins consciemment mis en lien avec le sentiment notre valeur propre, selon cette logique : si nous avons pu être (ou nous vivre comme) abandonné, c'est sans doute parce que nous ne méritions pas autre chose.  
 
 
Comment vit-on avec une blessure d'abandon ? 
 
La personne souffrant d'une blessure d'abandon aura tendance à être dans une quête permanente de marques d'amour et de reconnaissance, et dans l'attente d'une présence et d'une disponibilité inconditionnelles de la part de ses proches. Au niveau social, les comportements de séduction sont fréquents dans l'objectif d'être reconnu(e) et apprécié(e) ; on peut chercher à fuir la solitude le plus possible pour échapper à la difficulté de se retrouver livré à soi-même, ou à l'inverse, se réfugier dans l'isolement pour se protéger de la douleur inhérente à la relation. Le syndrome d'abandon renvoie en effet à une hypersensibilité vis-à-vis de tous les comportements qui ne sont pas pleinement gratifiants du point de vue affectif : la moindre manifestation de rejet, voire simplement l'absence d'une acceptation inconditionnelle de la part de l'entourage social, sera susceptible d'être très mal vécue. Dans le cadre des relations amoureuses, la peur d'être quitté(e), et donc de nouveau abandonné(e), peut mener à une crainte de l'engagement ou au contraire à un agrippement excessif à l'autre. La blessure d'abandon est en effet le terrain privilégié pour le développement d'une dépendance affective, mais aussi pour la quête d'un amour idéal qui ne décevrait jamais et serait à chaque instant l'incarnation de l'amour absolu et inconditionnel. Le syndrome d'abandon est marqué par une instabilité relationnelle, dans la mesure où l'autre sera souvent testé quant à son amour et à sa disponibilité ; il n'a pas le droit à l'erreur et ses failles seront lourdement sanctionnées. La colère et l'agressivité sont en effet souvent une réponse incontrôlable et immédiate au sentiment d'abandon. On rejette par crainte d'être rejeté, mais surtout on ressent une colère noire face aux comportements d'autrui qui ne sont pas à la hauteur de nos attentes. Il y a là comme une réactivation régulière de la blessure associée à un sentiment d'injustice : « comment l'autre ose-t-il nous faire (re)vivre une telle chose?». Pour les personnes particulièrement sensibles au sentiment d'abandon, la tristesse et l'angoisse sont donc souvent accompagnées de colère, voire de rage, envers ceux qui leur font traverser ces émotions douloureuses. On l'aura compris, porter une blessure d'abandon est une source de souffrance accentuée par le fait que bien souvent nous ne savons pas ce qui nous pousse à agir et à réagir de manière excessive voire dysfonctionnelle dans nos relations. Nous vous proposons dans ce qui suit quelques pistes pour vous reconnecter à vous-même, prendre soin de vous sur le plan psychique et ainsi gagner du terrain sur votre blessure d'abandon.  
 
 
(Re)faire connaissance avec soi-même 
 
Cela commence par le repérage de certaines croyances sur vous-même qui sont le résultat d'une mauvaise estime de soi et qui bien souvent nourrissent votre blessure. Nos comportements sont en effet fortement déterminés par nos croyances. Prenez le temps de vous demander comment vous vous percevez véritablement. Si vous êtes persuadé(e) que vous êtes faible et dépendant(e), il est normal que vous trouviez difficile d'affronter la vie sans compter sur l'appréciation d'autrui : vous êtes alors conditionné(e) par la logique du besoin de l'autre. Différentes méthodes permettent de travailler à transformer les croyances qui nous enferment dans une vision de nous-même réductrice et dévalorisante. En essayant d'identifier vos valeurs personnelles, c'est à dire en vous demandant ce qui fait que vous êtes vous-même du point de vue moral, vous commencerez à pouvoir vous définir selon des attributs objectifs, plutôt qu'en creux et selon la perspective du manque. De la même manière, en revenant sur votre parcours de vie, sur vos réussites et vos échecs, vous serez en mesure de percevoir les qualités et les limites qui vous appartiennent en propre en vous constituent en tant que personne. Par une auto-observation aussi objective que possible et une attention portée à votre propre cheminement, vous vous exercez à vous percevoir selon une perspective plus riche et plus nuancée. Vous reconnaître comme porteur(se) de qualités qui vous sont propres indépendamment du regard d'autrui vous donnera une matière concrète pour prendre de la distance vis-à-vis de vos croyances limitantes et pour en former de nouvelles, qui soient davantage « aidantes », c'est à dire qui puissent vous soutenir et contribuer à améliorer votre estime de vous-même. 
 
 
Développer la responsabilité émotionnelle 
 
Lorsqu'on souffre d'un syndrome d'abandon, on est particulièrement attentif(ve) aux retours de l'extérieur qui nous rassurent sur l'amour de nos proches et la reconnaissance de notre entourage plus large. Dans cette dynamique et centrés sur ces besoins, nous avons tendance à oublier que nous ne sommes pas entièrement déterminés par l'appréciation d'autrui et que nous avons en nous les moyens de développer une autonomie affective. L'objectif est d'élargir votre vision de vous-même en constatant les effets de votre pouvoir d'action, tout au long de votre trajectoire personnelle : il s'agit de réaliser que vous êtes véritablement acteur de votre parcours de vie. Toujours par l'auto-observation, vous pouvez prendre conscience de vos choix délibérés mais aussi des détours que vous avez pris malgré vous. En prenant du recul sur vous-même et votre expérience de vie, sans complaisance mais avec bienveillance et objectivité, vous progressez sur le chemin de l'autonomie affective en activant votre sens de la responsabilité émotionnelle. Il n'est pas question de se rendre responsable de tout, mais bien de prendre conscience de ce qui dépend de vous et de ce sur quoi vous avez un pouvoir d'action aujourd'hui. A l'inverse, il est très important de réaliser que des événements de vie vous ont déterminé(e) et que vous n'êtes pas responsable de vos fragilités : vous avez lutté avec les moyens psychiques dont vous disposiez. Paradoxalement, c'est lorsque l'on accepte que nous avons été (ou que nous sommes) impuissants face à certaines choses que nous pouvons commencer à en transformer les effets : nous acceptons que nous n'avions pas de prise sur les difficultés que nous avons traversées, le sentiment de culpabilité se dissipe et elles deviennent des opportunités de changement desquelles on peut se saisir pour avancer.  
 
 
Se libérer de la colère 
 

La colère est souvent présente lorsqu'on souffre d'un syndrome d'abandon ; elle va s'exprimer à l'égard de nos proches lorsqu'ils ne parviennent pas à combler nos attentes affectives massives. Il est important de pouvoir libérer cette colère en l'adressant aux personnes qui sont à la source de la blessure initiale ou en tout cas à celles qui vous viennent à l'esprit lorsque vous pensez aux causes de vos souffrances affectives ; cela vous permettra d'éviter de retourner cette colère contre votre entourage, voire contre vous-même. Vous avez des choses à extérioriser et il vous appartient de vous en saisir et de vous décharger des émotions qui y sont associées. Cela peut passer par un travail d'écriture dans lequel vous vous adressez sans retenue aux personnes concernées et par lequel vous exprimez tout ce que vous auriez voulu pouvoir dire à l'époque mais aussi tout ce que vous avez à leur dire aujourd'hui. Vous constaterez l'effet puissant et libérateur de ce processus. Si vous ne vous sentez pas en mesure de traverser cette expérience seul(e), n'hésitez pas à vous tourner vers un accompagnement thérapeutique. Dans le cadre d'une thérapie, le jeu de rôle peut être un très bon support et vous serez soutenu(e) pour traverser les émotions douloureuses qui peuvent réémerger.  
 
 
Se reconnecter à son enfant intérieur  
 
La peur de l'abandon ou du rejet est la conséquence d'une blessure affective qui ne peut être soignée et guérie qu'en rejouant le passé et en réparant ce qui a été atteint si profondément à l'époque. Plusieurs techniques peuvent être utilisées dans cette optique et l'accompagnement thérapeutique est souvent nécessaire pour agir sur ces parts de vous encore en souffrance mais difficiles d'accès la plupart du temps. Une méthode efficace consiste à visualiser l'enfant que vous étiez et qui a été blessé, et à lui prodiguer l'amour que vous n'avez pas reçu au moment où vous en aviez besoin. En vous représentant consciemment l'enfant que vous avez été et en considérant sa souffrance, vous aurez la possibilité d'entrer en contact plus direct avec votre vécu passé. Cela passe souvent par un travail préalable d'exploration et d'identification des blessures fondamentales et c'est aussi pour cela qu'il est utile de vous inscrire dans le cadre d'un suivi thérapeutique. Le jeu de rôle est là aussi particulièrement adapté : il s'agira d'imaginer que vous avez cet enfant auprès de vous, puis de vous connecter à son vécu douloureux. Vous prenez ainsi le rôle d'un donneur de soin qui va reconnaître la légitimité de ses souffrances et lui apporter une consolation en exprimant tout que vous auriez eu besoin d'entendre à l'époque et qui vous a manqué. Il peut cependant être difficile de se laisser traverser par une telle empathie (y compris vis-à-vis d'une part de soi-même) lorsqu'on est en souffrance ; c'est souvent l'aboutissement d'un travail sur soi qui vous aura dans un premier temps aidé(e) à vous reconnecter à vos émotions.  
 
Enfin, si les manifestations actuelles de votre blessure d'abandon vous empêchent de goûter à la sérénité dans vos relations affectives, n'oubliez pas que vous avez des ressources à votre disposition pour vous en libérer. Le travail d'introspection et la mise en action concrète se révèlent être des atouts précieux pour avancer, mais ce chemin vers soi en solitaire nous confronte souvent à nos propres limites : se faire accompagner est parfois une nécessité pour pouvoir par la suite prendre soin de soi de manière autonome.