Les troubles de la personnalité dans le couple

 
Les relations interpersonnelles sont essentielles à notre construction et à notre épanouissement. Si elles nous permettent idéalement de goûter au plaisir du partage et de l'échange, nous apprenons aussi à mieux nous connaître puisque toute relation approfondie nous oblige à explorer et découvrir nos ressources et nos limites, en vue d'un ajustement harmonieux avec l'autre. Il arrive cependant que des relations se révèlent être essentiellement destructrices : on parlera de relations toxiques, c'est à dire psychologiquement nocives. Il se peut qu'une relation soit toxique en elle-même par l'interaction de deux personnalités particulières, où chacun active involontairement les blessures de l'autre par sa manière de fonctionner, provoquant des réactions en chaîne pouvant aller jusqu'à la violence, physique et psychologique. Cependant, il existe aussi personnalités qui, par leur construction et leur mode d'organisation, auront tendance à être particulièrement destructrices dans leurs relations aux autres : on peut alors parler de personnalités toxiques. Dans cet article, vous trouverez des éléments vous permettant de vous repérer et d'identifier les signes d'une relation toxique. Nous évoquerons ici 4 types de personnalité pathologiques avec qui la relation peut rapidement devenir source de souffrance.  
 

La personnalité narcissique  

Ce type de personnalité est identifié dans le manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux comme un trouble de la personnalité, cependant de nombreuses personnalités narcissiques ne sont pas diagnostiquées comme telles. Le portrait qui suit correspond à un profil pathologique type mais vous retrouverez peut-être certains des traits suivants chez des personnes de votre entourage. En effet, le trouble n'est que l'expression la plus extrême d'un mode de fonctionnement bien spécifique, qui peut être une source de souffrance pour l'entourage y compris sous des formes atténuées. Les personnalités narcissiques sont repérables à l'image grandiose qu'elles ont d'elles-mêmes, qui se manifeste notamment par un besoin massif d'être admirées. Elles ont une perception exagérée et infondée de leur importance et de leurs talents (mégalomanie) et sont souvent obsédées par des fantasmes illimités de succès, d'influence, de pouvoir, d'intelligence, de beauté, ou d'amour parfait. Manifestant souvent de la fierté voire de l'arrogance, elles ont la conviction d'être spéciales et uniques et de mériter plus que les autres, de disposer de droits particuliers en raison de leur supériorité. Ce sont des personnes qui n'hésitent pas à exploiter les autres pour atteindre leurs propres objectifs et qui ne souffriront pas ou peu de culpabilité, du fait de capacités d'empathie limitées. Elles auront donc aussi tendance à dévaloriser les autres pour mieux briller socialement. Dans les formes les plus graves, on retrouvera une indifférence froide et généralisée et une absence totale d'empathie et de loyauté vis-à-vis d'autrui, qui peut dans certains cas aller jusqu'à des comportements de cruauté, voire de sadisme. Ces personnes sont souvent bien adaptées socialement, parviennent à maintenir une image valorisante d'elles-mêmes pour le monde extérieur et c'est souvent dans l'intimité que les tendances toxiques vont se manifester, notamment à travers la manipulation et la dévalorisation du partenaire, qui est bien souvent dans un premier temps ébloui par les attitudes brillantes et la confiance en soi du narcissique. Prudence donc, puisque les personnes narcissiques ont tendance à dénier les besoins de l'autre et à privilégier leurs propres intérêts en toutes circonstances. Le partenaire devient bien souvent la victime qui à force d'être dégradée va progressivement perdre confiance et estime de soi : le narcissique se nourrit en effet de l'autre et le vide de toute son énergie et de tout élan vital. Il n'est pas rare qu'une emprise s'installe avec ce type de personnalité toxique.  
 

La personnalité antisociale  
 
Ce trouble de la personnalité correspond au profil du psychopathe tel qu'il a pu être décrit par la psychologie et la psychiatrie, caractérisé par une insensibilité marquée et une inaptabilité sociale et affective. Au delà ou plutôt en deça du trouble, on retrouvera cependant des personnes qui présentent tendanciellement ces caractéristiques antisociales, tout en étant socialement insérées. Cette personnalité est décrite comme étant « un mode général de mépris et de transgression des droits d’autrui » (source : manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM 4)). Elle se caractérise par une tendance générale à l'égoïsme, à l'auto-détermination indépendamment des exigences extérieures et à la transgression des normes, des lois et de l'éthique. Au niveau relationnel, le contact avec une personnalité antisociale donne une impression de superficialité malgré une présentation souvent aimable et charmeuse. Par la suite, les relations interpersonnelles seront marquées par des tendances égocentriques et manipulatrices puisque, comme dans le cas des personnalités narcissiques, l'autre n'est pas perçu dans son intégrité mais considéré comme un moyen. On repère donc également le recours à la domination et à l'intimidation pour contrôler l'entourage, et une incapacité à percevoir l'impact que le comportement propre peut avoir sur autrui. De manière générale, ces personnes présentent une forte impulsivité souvent source de troubles du comportement (bagarres, délits mineurs ou majeurs) : la frustration n'est absolument pas tolérée et va provoquer colère et agressivité, qui peuvent s'accompagner d’un véritable plaisir de blesser, de détruire, en particulier si des traits pervers sont présents. Ce sont souvent les tyrans domestiques (ce trouble est 6 fois plus présent chez les hommes que chez les femmes) qui ont besoin que tout tourne autour d'eux et qui terrorisent leur entourage. Le mépris des autres et des normes peut dans une moindre mesure renvoyer à une incapacité à respecter et à honorer des obligations, des accords ou des promesses faites à autrui. En somme, les éléments toxiques de la personnalité antisociale renvoient à une absence de considération pour les autres et à une instabilité de l'humeur, qui peut notamment se manifester au sein du couple ou de la famille par des crises de colère qui se déclenchent à la moindre frustration et par des emportements imprévisibles qui aboutissent souvent à des violences physiques et psychologiques.  
 
 
La personnalité borderline 
 
Le trouble de la personnalité borderline est défini comme un « mode général d’instabilité des relations et des affects avec une impulsivité marquée » (DSM IV). Comme dans les cas précédents, nombreuses sont les personnes qui présentent des traits du trouble sans pour autant être entièrement définies par celui-ci. Nous présentons ici les formes les plus sévères et pathologiques de la personnalité borderline afin de mieux comprendre son fonctionnement général, mais des tendances borderline même présentes dans des proportions plus minimes peuvent être difficiles à vivre pour l'entourage et surtout pour le partenaire. Le trouble s'exprime notamment à travers des relations interpersonnelles instables et intenses où la personne oscille entre des positions extrêmes d’idéalisation excessive et de dévalorisation de l'autre. De la même manière, le rapport à l'identité et à l'image de soi est perturbé et fluctuant. L'humeur évolue rapidement et la personne connait de nombreuses phases micro-dépressives, ainsi qu'un sentiment chronique de vide. Les personnalités borderline vivent en permanence déchirées entre le besoin de l'autre et la peur de l'intrusion ou de la persécution, c'est pourquoi une relation intime peut rapidement devenir difficile à vivre, voire toxique pour le partenaire. En effet, on a chez ces personnes une forte tendance à l'impulsivité et une difficulté au niveau de la gestion des émotions ; les colères sont fréquentes, souvent imprévisibles et démesurées. On retrouve chez les personnalités borderline une tendance aux conduites addictives (dépenses, sexualités, toxicomanie, troubles alimentaires) et aux comportements à risque, mais aussi souvent une répétition de menaces suicidaires et d'automutilation. Comme la peur de l'abandon et de la perte de l'objet d'amour est centrale dans ce mode de fonctionnement, la personne doit en permanence contrôler l'autre au point d'exercer sur lui une véritable emprise. Nous sommes ici dans le cas d'une personnalité toxique du point de vue de ce qu'elle fait vivre à l'autre dans la relation, sans malveillance volontaire cependant. Les personnalités borderline ont un rapport à la relation teinté de dépendance affective, mais aussi de défenses contre cette dépendance ressentie. C'est pour cette raison que l'on retrouve à la fois des comportement de fragilité affective (tendance à la fusion, incapacité à accepter la séparation momentanée ou la rupture), mais aussi des tendances au contrôle et à la violence relationnelle (chantage affectif, crises de colère, volonté d'emprise). Le partenaire est donc souvent prisonnier d'un cercle vicieux dans lequel les phases de fusion et d'intensité alternent avec des phases d'irritabilité et d'agressivité. Bien que ces violences psychologiques ne soient pas véritablement intentionnelles mais plutôt la conséquence d'une fragilité émotionnelle, nous sommes face à des dynamiques relationnelles particulièrement destructrices desquelles il faut pouvoir se protéger.  
 

La personnalité paranoïaque 

Ce dernier type de personnalité toxique trouve sa source dans le trouble de la personnalité paranoïaque (ou paranoïde), qui renvoie à la définition psychologique classique de la paranoïa. Le trouble s'exprime principalement chez ces personnes par une méfiance et une suspicion à l'égard d'autrui, fondées sur la croyance intime que les autres sont là principalement pour les blesser, les exploiter, leur nuire ou les tromper. Il se manifeste par une préoccupation et des doutes injustifiés quant à la fiabilité de leurs amis et collègues, mais aussi de leur conjoint ou partenaire. Différents signes permettent d'identifier le trouble et de repérer les personnes porteuses d'une personnalité paranoïaque. On retrouvera la réticence à se confier de peur que les informations soient utilisées contre eux et une rancune tenace en cas d'insultes, de blessures ou d'affronts. Ces personnes ne pardonnent pas : elles sont profondément blessées dans leur narcissisme y compris en cas de micro-agressions et seront disposées à contre-attaquer avec rapidité et à réagir avec colère. De manière générale, les personnalités de type paranoïaque auront tendance à avoir une mauvaise interprétation de remarques ou d'événements insignifiants, perçus comme ayant une signification rabaissante pour eux, voire hostile ou menaçante. Enfin, ce trouble de la personnalité se caractérise aussi par des suspicions répétées et injustifiées concernant la fidélité du conjoint et la possibilité d'être trompé par leur partenaire dans la relation. C'est en rapport à ce dernier trait qu'on parlera de personnalité toxique dans la relation intime lorsque la jalousie permanente et sans fondement devient centrale et destructrice pour le couple et pour le partenaire, injustement accusé d'actes ou de pensées de tromperie. En effet, ce trait est le plus communément répandu et on le retrouve chez des personnes qui ont une insertion sociale normale mais qui projettent l'ensemble de leurs tendances paranoïaques dans la relation et sur leur partenaire. En effet, si les personnes possédant des traits de personnalité paranoïaques font peu confiance à leur entourage de manière générale, leur approche de la relation amoureuse est fusionnelle et extrême : le partenaire a tendance à être perçu comme comme un objet appartenant au moi. La toxicité s'exprimera alors à travers des crises de jalousie et de colère impressionnantes, sans aucun autre fondement que l'idée fixe selon laquelle leur conjoint a forcément mal agi et tenté de le tromper, ou y est parvenu. Le moindre événement devient source de suspicion, et le paranoïaque va jusqu'à attribuer à l'autre des pensées de trahison qui ne lui appartiennent pas. Il y a véritablement un mécanisme projectif ici : la faible estime de soi conduit ces personnes à évoluer selon le principe qu'on ne peut que les tromper et les trahir, et par extension que le partenaire ne peut que vouloir trouver mieux ailleurs. Dans ce contexte, une emprise peut facilement se développer, la victime du paranoïaque étant progressivement atteinte de démoralisation et d'usure psychique pouvant mener à la soumission. On peut en effet en arriver à accepter les crises et à « attendre que ça passe », puisque la personnalité paranoïaque est aussi définie par une rigidité importante : il est pour ces personnes très difficile d'accepter la critique et de se remettre en question. Leur vérité fait office de vérité absolue et est imposée à l'entourage sous forme de reproches, de remarques sarcastiques ou humiliantes, d'agressivité et de colère. 
 
On peut souligner en conclusion que le diagnostic des troubles de la personnalité et par extension des personnalités toxiques soulève la question du choix des critères qui permettent de fixer la frontière entre le normal et le pathologique, puisque des traits destructeurs – donc pathologiques - peuvent se manifester alors que la personne est bien adaptée socialment et qu'elle réserve fréquemment sa toxicité à certains secteurs de sa vie, souvent celui de la famille, du couple et de la relation intime. Il est difficile de changer une personnalité toxique puisque les schémas de personnalité représentent des interprétations personnelles et automatiques de la réalité qui impactent nécessairement la relation et agissent en retour comme un filtre de cette réalité : on aura tendance à ne retenir que ce qui alimente notre schéma personnel. Ces interprétations sont dysfonctionnelles au sens ou elles font souffrir la personne et/ou les autres, voire la société dans son ensemble, dans le cas d'une trouble aigu de la personnalité antisociale (ou psychopathie) par exemple. Si vous vous sentez victime d'une personnalité toxique, la solution est donc bien souvent de vous tourner vers l'extérieur pour demander de l'aide et briser les dynamiques d'isolement qui peuvent exister. Sortir d'un processus d'emprise est possible, même si un accompagnement psychologique adapté peut parfois être nécessaire.