Dépendance affective : Déterminez votre style d'attachement


Le besoin de sécurité est essentiel chez l'humain. Enfant, nous avons un grand besoin d'être rassuré par les personnes qui prennent soin de nous : ce que nous vivons dès les premiers jours aura une influence sur notre devenir en tant qu'adulte. C'est ce que la théorie de l'attachement met en évidence en décrivant 4 styles d'attachement, qui déterminent notre rapport à nous-mêmes et notre manière de vivre nos relations aux autres. Le contexte de la relation amoureuse est propice à l'expression de notre style d'attachement puisque nous investissons un espace d'intimité : autrui n'est plus un autre quelconque mais devient la personne avec laquelle nous décidons de créer un lien privilégié. La relation amoureuse est également le lieu où s'exprime le plus facilement la dépendance affective, pour les mêmes raisons. Celle-ci est source de souffrance pour de nombreuses personnes. Elle impacte en effet nos relations aux autres et se répercute sur nos comportements ; elle est notamment la cause de nombreuses conduites addictives (voir l'article : Dépendance affective, comment devenir émotionnellement stable ?). Dans cet article, nous vous proposons de penser le lien entre attachement précoce et dépendance affective. Vous y trouverez des éléments pour repérer votre propre style d'attachement et pour comprendre en quoi le mode d'attachement précoce peut être à la base de la dépendance affective.  
 
 
Qu'est ce que l'attachement ?  
 
La théorie de l'attachement part du principe que chez le nouveau né, l’angoisse domine les autres émotions. Le bébé en effet besoin d'être régulièrement rassuré sur la présence inconditionnelle de l'« objet », à savoir la ou les personne(s) qui prennent soin de lui (caregiver, ou figure d'attachement). Ces personnes lui apportent (idéalement) une présence au quotidien et offrent au bébé un premier espace d'interaction. Il s'agit d'une relation fondatrice pour l'enfant. Si la figure d'attachement est loin, l'angoisse du bébé vient activer son système d'attachement : l'objectif est d'alerter la figure d'attachement de la détresse de l'enfant et d'en obtenir une réassurance. Pour que l'enfant soit rassuré, le holding (le fait de prendre l'enfant dans ses bras) est aussi important que la qualité de la présence (sensibilité, disponibilité et capacité de réassurance) de la figure d'attachement. Une fois l'enfant rassuré, le système d'attachement s'éteint et le système d'exploration s'active : l'enfant peut alors être réceptif et réactif aux stimulations de son environnement. Bowlby explique qu'en grandissant, l'enfant va développer son propre « modèle interne opérant », c'est à dire un système automatique de pensées fondé sur les représentations d’expériences avec la figure d'attachement, codées puis mémorisées. Ce modèle interne est en somme un système d’attentes et d’anticipation des réponses d’autrui qui se construit au fur et à mesure et par l'accumulation des séquences d'interaction entre le bébé et sa figure d'attachement : l'enfant apprend de ses expériences et s'attendra (ou non) à être (plus ou moins bien) rassuré en cas de stress. Soulignons qu'un enfant rassuré se sent digne d'intérêt et digne d'être aimé, ce qui lui permettra dès le début de sa vie de faire confiance à autrui en général et à sa figure d'attachement en particulier : il la considérera comme un « bon objet », capable de lui prodiguer des soins adaptés à ses besoins. Selon la théorie de l'attachement, la qualité de l'attachement et les caractéristiques du modèle interne opérant chez le bébé vont déterminer notre style d'attachement une fois adulte, c'est à dire notre manière de nous percevoir, de percevoir les autres et de vivre les relations avec autrui. Ce style d'attachement s'exprime chez l'adulte à travers les caractéristiques de la régulation émotionnelle, la confiance en soi, la confiance en autrui, l'envie d'explorer et la créativité. Il influence les relations interpersonnelles et peut aussi avoir un impact sur le développement d'une éventuelle pathologie psychique (troubles de la personnalité, troubles de l'humeur, troubles schizophréniques...).  
 
 
Les différents styles d'attachement  
 
Main, Georges et Kaplan (1985) travaillent sur l'attachement chez l'adulte et mettent en évidence l'existence de 4 styles d'attachement : sécure, préoccupé, évitant et désorganisé. Ceux-ci se manifestent dans les relations interpersonnelles mais sont particulièrement activés en contexte de crise, par exemple dans des situation de perte (deuil) ou de séparation, en situation dangereuse, ou au cours des différents conflits et défis qui peuvent se présenter au cours de la vie. Le style d'attachement peut être évalué et identifié par un psychologue dans le cadre de l'entretien clinique et/ou par un questionnaire validé scientifiquement (CaMir ou relationship scale questionnaire). On peut décrire ces différents styles en fonction de quelques critères comme la confiance en soi et en autrui, la gestion des émotions, les attitudes relationnelles et le rapport aux parents qui s'expriment notamment dans le cadre de l'entretien.  
- Les personnes ayant un style d'attachement sécure ont tendance à avoir une bonne confiance en eux et à faire facilement confiance à autrui (sans naïveté pour autant) ; leurs émotions sont adaptées au contexte et aux événements, et ils sont en mesure de les vivre sereinement. Les personnes sécures sont capables de demander de l'aide en cas de besoin et pourront avoir des opinions nuancées au sujet de leurs parents, sans idéalisation ni diabolisation. Ils peuvent aussi évoquer des souvenirs douloureux sans pour autant être submergés par l'émotion, et les intégrer à leur histoire afin qu'ils prennent du sens.  
- Les personnes ayant un style d'attachement préoccupé ont peu confiance en elles-même (mauvaise estime de soi), ont tendance à faire exagérément confiance à autrui (ce qui est source de déception pour elles), et présenteront une tendance à l'hyperémotivité. Elles tendent à idéaliser autrui et à chercher à être rassurées en permanence, avec une crainte de l'abandon particulièrement marquée. Elles manifestent souvent de la colère vis-à-vis de leurs parents et seront facilement submergés par l'émotion à l'évocation de souvenirs d'enfance douloureux.  
- Les personnes ayant un style d'attachement évitant présentent une bonne confiance en elles (qui n'est qu'apparente), ne comptent que sur elles-mêmes et ont tendance à mettre une chape de plomb sur leurs émotions, qui sont peu ressenties et peu exprimées. Ces personnes ont une tendance à la méfiance vis-à-vis d'autrui, avec des difficultés pour demander de l'aide et accepter de la recevoir. Les relations avec les parents sont souvent idéalisées, avec paradoxalement peu de bons souvenirs d'enfance à évoquer. Enfin, les évitants vont minimiser leur souffrance pour pouvoir la supporter.  
- Les personnes présentant un style d'attachement désorganisé oscillent en permanence entre les styles préoccupé et évitant. Ils présentent des traits propres aux deux styles et ont tendance à manifester des comportements contradictoires d’activation et de désactivation du système d’attachement, parfois de manière simultanée. Leur confiance en eux et en autrui est perturbée, fluctuante, et leurs réactions émotionnelles sont imprévisibles.  
 
 
Aux sources de la dépendance affective 
 
La dépendance affective est la manifestation d'une fragilité au niveau de notre rapport à nous-mêmes qui se répercute sur notre rapport aux autres. Lorsque nous manquons de sécurité du point de vue affectif, nous avons tendance à aller chercher de la réassurance dans l'environnement extérieur. Or la dépendance affective est source de souffrance dans la mesure où elle renvoie à un sentiment de vide fondamental : nous cherchons à combler ce vide à travers la relation affective et/ou les comportements addictifs (consommation de substances, troubles alimentaires, conduites compulsives...) mais ne parvenons jamais à la sérénité recherchée, ou bien seulement de manière momentanée, ce qui nous pousse à la répétition des comportements identifiés comme apaisants. Le manque d'amour de soi est à la source de cette fragilité et est causé par une carence affective suffisamment importante pour marquer en profondeur notre mode de fonctionnement. L'amour de soi est en effet la première étape de la construction du narcissisme et renvoie à notre capacité à nous aimer inconditionnellement. Or cette capacité ne peut se développer que si nos premières expériences nous ont montré la voie de cet amour inconditionnel, autrement dit si nous avons pu nous construire avec suffisamment d'amour et de sécurité affective. Il est aussi possible que les premières expériences affectives aient été suffisamment nourrissantes, nous aient permis de développer l'amour de soi, et qu'un traumatisme (violences, abus...) au cours du développement ait détruit une relation à nous-mêmes originellement saine. C'est pour cette raison qu'il n'est jamais trop tard pour se reconstruire : on peut, à force de patience, réparer ce qui a été brisé, voire poser enfin les fondements de ce qui n'a pas pu se construire dans l'enfance. Dans la mesure où la dépendance affective est souvent le résultat d'une carence affective précoce, le style d'attachement en est un bon indicateur. Si nous avons eu la chance de développer un style d'attachement sécure, nous sommes à priori protégé de la dépendance affective. Les personnes sécures vivent en effet sereinement leur relation aux autres, sont capables de donner et de recevoir sans difficulté et n'ont au fond pas besoin d'autrui pour les rassurer : elles s'aiment suffisamment pour ne pas être dépendantes de l'amour ou du regard de l'autre.  
 
 
Styles d'attachement insécures et dépendance affective  
 
Les styles d'attachement préoccupé, évitant et désorganisé renvoient à des profils de personnes ayant une tendance à l'insécurité affective, ce qui ouvre la porte à différentes formes de dépendance affective.  
- Le cas le plus typique est celui du style préoccupé, qui risque de souffrir de la dépendance affective sous sa forme la plus reconnue et la mieux identifiée. Ces personnes ont une mauvaise estime d'elles-mêmes fondée sur un amour de soi carencé, et elles ont tendance à tout investir dans l'autre, et particulièrement dans leur partenaire amoureux, vis-à-vis duquel elles auront des attentes démesurées quitte à tomber de haut en cas de rupture. Elles tendent à idéaliser l'autre et ont un grand besoin d'être rassurées sur ses sentiments et sa disponibilité. La peur de l'abandon est chez elles massive et elles peuvent donc en arriver à des comportements de soumission ou d'oubli de soi dans le but d'être reconnues et estimées par leur partenaire, mais aussi d'éviter la séparaction. Elles auront tendance à exister par et pour le regard de l'autre, qui s'il est positif et bienveillant leur permet de se sentir comblées et réparées du point de vue de l'amour et de l'estime de soi. Malheureusement, les choses sont rarement aussi idylliques : leur hypersensibilité à la moindre remarque pouvant passer pour une critique peut les rendre difficiles à vivre au quotidien, et elles font souvent des proies idéales pour des personnes toxiques qui cherchent à profiter de leur vulnérabilité.  
- Le style d'attachement évitant renvoie quant à lui à un mode de fonctionnement individuel favorisant une autre forme de dépendance affective, en négatif pourrait-on dire. Concrètement, ces personnes auront tendance à fuir l'investissement, voire la relation en soi, par peur de souffrir. Elles se sont construite de manière à ne jamais rien devoir à autrui et surtout à ne rien demander affectivement. Elles ont souvent souffert du manque de réponses de leur première figure d'attachement et ont inconsciemment décidé de ne plus jamais se mettre en situation de souffrir du manque de l'autre. Elles gardent donc leurs émotions pour elles, ou bien sont inhibées affectivement. Elles peuvent donner mais acceptent difficilement de recevoir en retour. Leur dépendance affective se manifeste par ce dont elles sont amenées à se priver pour justement ne pas en souffrir : la relation amoureuse est soigneusement évitée, ou désinvestie. Les personnes évitantes considèrent, bien que ce ne soit pas toujours conscient, qu'il serait trop dangereux pour elles de se rendre vulnérable en s'attachant à nouveau, les exposant au risque de réactiver leurs blessures initiales. Suite aux expériences traumatiques précoces, l'autre est considéré dans l'absolu comme n'étant pas assez fiable ni assez nourrissant. Par conséquent, leur vie affective est souvent pauvre et elles auront généralement tendance à aller chercher leur épanouissement ailleurs que dans la relation interpersonnelle.  
- Enfin, le style d'attachement désorganisé est plus complexe à appréhender. Il renvoie en général à des souffrances et à des troubles psychiques plus importants que les deux styles précédents. Il s'agit de personnes qui combinent des traits associés aux styles préoccupé et évitant. Leur insécurité est massive et se traduit par un immense besoin de l'autre qu'elles ne supportent pourtant pas de ressentir. La dépendance affective prend chez elles une forme plus extrême qui oscille en permanence entre la recherche de connexion affective intense et le rejet presque phobique des manifestations d'affection. Dans le cadre de la relation, un besoin très intense de proximité peut être donc être suivi d'une mise à distance radicale, souvent difficile à comprendre pour l'entourage et à plus forte raison pour le partenaire. Les personnes désorganisées sont en fait déchirées entre leur manque affectif et leur peur de la fusion. Elles ont éperdument besoin de s'attacher à l'autre et d'attacher l'autre à elles, au moins autant qu'elles redoutent de se perdre dans l'autre. En cela, le mode de fonctionnement des personnes désorganisées incarne parfaitement les contradictions propres au rapport entre attachement et dépendance. Si tout investissement de la relation humaine implique l'attachement, tout attachement porte en lui le germe de la dépendance affective : qu'est-ce que s'attacher sinon accepter de se rendre un peu dépendant de l'autre ? La vulnérabilité consentie fonde l'attachement.  
Il est précieux de s'autoriser à donner et à recevoir tout comme il est important d'être en mesure d'exister indépendamment d'autrui. C'est cet équilibre, souvent délicat à trouver, qui caractérise une relation affective saine. Si vous vous sentez insécure affectivement et que vous pensez souffrir d'une forme ou d'une autre de dépendance affective, sachez que des solutions existent. Un accompagnement psycho-thérapeutique spécifique vous permettra notamment d'identifier vos fragilités et d'apprendre à mieux prendre soin de vous, pour trouver progressivement votre point d'équilibre. 

Comment guérir une blessure d'abandon ?


La blessure d’abandon trouve ses origines dans nos expériences relationnelles passées, souvent infantiles, et renvoie à une instabilité affective difficile à vivre au quotidien : liée à la peur du rejet et à la crainte de ne pas être aimé(e) et accepté(e), la blessure d'abandon se manifeste par des troubles du rapport à soi-même (mauvaise estime de soi, sentiment de ne pas être à la hauteur) et par des comportements excessifs dans les relations affectives : la demande d'amour est massive et les attentes démesurées. La personne blessée aura tendance à rechercher un absolu dans ses relations affectives qui fait écho à l'ampleur de ce dont elle a manqué ; dans la relation, le manque d'amour occupe une place majeure et ouvre la voie à la dépendance affective, dans la mesure où la solitude est fréquemment redoutée. La blessure d'abandon est aussi associée à une sensibilité marquée au rejet et à une grande réactivité : les comportements qui ne comblent pas la faille affective ne sont pas tolérés et déclenchent souvent une colère, voire une agressivité, qui peut sembler déplacée. En réalité la personne se retrouve en permanence confrontée à la même douleur ancienne, réactivée par tout ce qui ne la rassure pas entièrement sur l'amour inconditionnel et absolu de son partenaire ou de ses proches. Si pensez souffrir d'une blessure d'abandon, sachez que ce n'est pas une fatalité et que l'on peut s'en libérer, notamment grâce à un accompagnement thérapeutique adapté. Vous trouverez ici quelques éléments pour mieux comprendre votre fonctionnement ainsi que des conseils pour apaiser votre vie affective.  
 
La blessure d'abandon, qu'est ce que c'est ?  
 
Freud utilise la notion d'« angoisse d’abandon » pour désigner le vécu précoce du bébé dès lors qu'il n'est plus en contact avec son/ses donneur(s) de soin (le plus souvent ses parents). Lorsqu'il est laissé seul, la peur d'être abandonné s'installe très rapidement chez le nouveau-né car il se sait instinctivement impuissant et incapable de survivre par lui-même. Si elle est mineure et que l'absence n'est pas trop longue pour l'enfant, c'est à dire pour ses capacités d'intégration psychiques, cette angoisse s'efface dès le retour du parent. Il va progressivement apprendre la présence-absence de l'objet (le parent) pour s'individualiser petit à petit et se construire comme un être psychiquement distinct. En revanche, et il n'y a pas de mesure objective à cela, si l'attente dépasse les capacités d'intégration du bébé, l'angoisse d'abandon peut créer une blessure psychique et émotionnelle durable et qui se réactivera au cours de sa vie.Spitz, psychiatre et psychanayste américain, observe ce traumatisme chez des enfants en bas âge séparés de leur mère et placés en institution, juste après la seconde guerre mondiale. Il montre que l'enfant à le besoin vital d'un contact humain régulier et nourrissant psychiquement pour se développer, au delà de la satisfaction de ses besoins primaires. Des carences dans ce domaine entraînent notamment une forme de dépression dite « anaclitique » chez le tout-petit, qui impactera lourdement son développement psychique. Au delà de ces carences précoces et massives, une blessure d'abandon peut apparaître plus tard, au cours de l'enfance ou de l'adolescence principalement, en lien avec différentes événements (deuil, départ d'un parent...) et/ou à cause d'une relation dégradée avec les figures parentales, ou de violences effectives (négligence, maltraitance...). On peut ajouter que la profondeur de la blessure n'est pas nécessairement en rapport avec la violence objective de l'événement réel. Il est possible de souffrir d'une blessure d'abandon à l'âge adulte sans être en mesure d'en identifier les causes concrètes : chaque personne possédant une sensibilité particulière et donc des capacités d'intégration psychiques limitées et qui lui sont propres, des micro-traumatismes, non identifiables en tant que tels, peuvent aussi suffire à créer une blessure d'abandon. Celle-ci se traduit par un « syndrome d'abandon » qui se manifeste comme un état psychologique et émotionnel d'insécurité ayant des conséquences sur la vie relationnelle, mais aussi sur le rapport à soi-même. La blessure d'abandon est en effet le plus souvent associée à une faible estime de soi, le vécu de l'abandon étant plus ou moins consciemment mis en lien avec le sentiment notre valeur propre, selon cette logique : si nous avons pu être (ou nous vivre comme) abandonné, c'est sans doute parce que nous ne méritions pas autre chose.  
 
 
Comment vit-on avec une blessure d'abandon ? 
 
La personne souffrant d'une blessure d'abandon aura tendance à être dans une quête permanente de marques d'amour et de reconnaissance, et dans l'attente d'une présence et d'une disponibilité inconditionnelles de la part de ses proches. Au niveau social, les comportements de séduction sont fréquents dans l'objectif d'être reconnu(e) et apprécié(e) ; on peut chercher à fuir la solitude le plus possible pour échapper à la difficulté de se retrouver livré à soi-même, ou à l'inverse, se réfugier dans l'isolement pour se protéger de la douleur inhérente à la relation. Le syndrome d'abandon renvoie en effet à une hypersensibilité vis-à-vis de tous les comportements qui ne sont pas pleinement gratifiants du point de vue affectif : la moindre manifestation de rejet, voire simplement l'absence d'une acceptation inconditionnelle de la part de l'entourage social, sera susceptible d'être très mal vécue. Dans le cadre des relations amoureuses, la peur d'être quitté(e), et donc de nouveau abandonné(e), peut mener à une crainte de l'engagement ou au contraire à un agrippement excessif à l'autre. La blessure d'abandon est en effet le terrain privilégié pour le développement d'une dépendance affective, mais aussi pour la quête d'un amour idéal qui ne décevrait jamais et serait à chaque instant l'incarnation de l'amour absolu et inconditionnel. Le syndrome d'abandon est marqué par une instabilité relationnelle, dans la mesure où l'autre sera souvent testé quant à son amour et à sa disponibilité ; il n'a pas le droit à l'erreur et ses failles seront lourdement sanctionnées. La colère et l'agressivité sont en effet souvent une réponse incontrôlable et immédiate au sentiment d'abandon. On rejette par crainte d'être rejeté, mais surtout on ressent une colère noire face aux comportements d'autrui qui ne sont pas à la hauteur de nos attentes. Il y a là comme une réactivation régulière de la blessure associée à un sentiment d'injustice : « comment l'autre ose-t-il nous faire (re)vivre une telle chose?». Pour les personnes particulièrement sensibles au sentiment d'abandon, la tristesse et l'angoisse sont donc souvent accompagnées de colère, voire de rage, envers ceux qui leur font traverser ces émotions douloureuses. On l'aura compris, porter une blessure d'abandon est une source de souffrance accentuée par le fait que bien souvent nous ne savons pas ce qui nous pousse à agir et à réagir de manière excessive voire dysfonctionnelle dans nos relations. Nous vous proposons dans ce qui suit quelques pistes pour vous reconnecter à vous-même, prendre soin de vous sur le plan psychique et ainsi gagner du terrain sur votre blessure d'abandon.  
 
 
(Re)faire connaissance avec soi-même 
 
Cela commence par le repérage de certaines croyances sur vous-même qui sont le résultat d'une mauvaise estime de soi et qui bien souvent nourrissent votre blessure. Nos comportements sont en effet fortement déterminés par nos croyances. Prenez le temps de vous demander comment vous vous percevez véritablement. Si vous êtes persuadé(e) que vous êtes faible et dépendant(e), il est normal que vous trouviez difficile d'affronter la vie sans compter sur l'appréciation d'autrui : vous êtes alors conditionné(e) par la logique du besoin de l'autre. Différentes méthodes permettent de travailler à transformer les croyances qui nous enferment dans une vision de nous-même réductrice et dévalorisante. En essayant d'identifier vos valeurs personnelles, c'est à dire en vous demandant ce qui fait que vous êtes vous-même du point de vue moral, vous commencerez à pouvoir vous définir selon des attributs objectifs, plutôt qu'en creux et selon la perspective du manque. De la même manière, en revenant sur votre parcours de vie, sur vos réussites et vos échecs, vous serez en mesure de percevoir les qualités et les limites qui vous appartiennent en propre en vous constituent en tant que personne. Par une auto-observation aussi objective que possible et une attention portée à votre propre cheminement, vous vous exercez à vous percevoir selon une perspective plus riche et plus nuancée. Vous reconnaître comme porteur(se) de qualités qui vous sont propres indépendamment du regard d'autrui vous donnera une matière concrète pour prendre de la distance vis-à-vis de vos croyances limitantes et pour en former de nouvelles, qui soient davantage « aidantes », c'est à dire qui puissent vous soutenir et contribuer à améliorer votre estime de vous-même. 
 
 
Développer la responsabilité émotionnelle 
 
Lorsqu'on souffre d'un syndrome d'abandon, on est particulièrement attentif(ve) aux retours de l'extérieur qui nous rassurent sur l'amour de nos proches et la reconnaissance de notre entourage plus large. Dans cette dynamique et centrés sur ces besoins, nous avons tendance à oublier que nous ne sommes pas entièrement déterminés par l'appréciation d'autrui et que nous avons en nous les moyens de développer une autonomie affective. L'objectif est d'élargir votre vision de vous-même en constatant les effets de votre pouvoir d'action, tout au long de votre trajectoire personnelle : il s'agit de réaliser que vous êtes véritablement acteur de votre parcours de vie. Toujours par l'auto-observation, vous pouvez prendre conscience de vos choix délibérés mais aussi des détours que vous avez pris malgré vous. En prenant du recul sur vous-même et votre expérience de vie, sans complaisance mais avec bienveillance et objectivité, vous progressez sur le chemin de l'autonomie affective en activant votre sens de la responsabilité émotionnelle. Il n'est pas question de se rendre responsable de tout, mais bien de prendre conscience de ce qui dépend de vous et de ce sur quoi vous avez un pouvoir d'action aujourd'hui. A l'inverse, il est très important de réaliser que des événements de vie vous ont déterminé(e) et que vous n'êtes pas responsable de vos fragilités : vous avez lutté avec les moyens psychiques dont vous disposiez. Paradoxalement, c'est lorsque l'on accepte que nous avons été (ou que nous sommes) impuissants face à certaines choses que nous pouvons commencer à en transformer les effets : nous acceptons que nous n'avions pas de prise sur les difficultés que nous avons traversées, le sentiment de culpabilité se dissipe et elles deviennent des opportunités de changement desquelles on peut se saisir pour avancer.  
 
 
Se libérer de la colère 
 

La colère est souvent présente lorsqu'on souffre d'un syndrome d'abandon ; elle va s'exprimer à l'égard de nos proches lorsqu'ils ne parviennent pas à combler nos attentes affectives massives. Il est important de pouvoir libérer cette colère en l'adressant aux personnes qui sont à la source de la blessure initiale ou en tout cas à celles qui vous viennent à l'esprit lorsque vous pensez aux causes de vos souffrances affectives ; cela vous permettra d'éviter de retourner cette colère contre votre entourage, voire contre vous-même. Vous avez des choses à extérioriser et il vous appartient de vous en saisir et de vous décharger des émotions qui y sont associées. Cela peut passer par un travail d'écriture dans lequel vous vous adressez sans retenue aux personnes concernées et par lequel vous exprimez tout ce que vous auriez voulu pouvoir dire à l'époque mais aussi tout ce que vous avez à leur dire aujourd'hui. Vous constaterez l'effet puissant et libérateur de ce processus. Si vous ne vous sentez pas en mesure de traverser cette expérience seul(e), n'hésitez pas à vous tourner vers un accompagnement thérapeutique. Dans le cadre d'une thérapie, le jeu de rôle peut être un très bon support et vous serez soutenu(e) pour traverser les émotions douloureuses qui peuvent réémerger.  
 
 
Se reconnecter à son enfant intérieur  
 
La peur de l'abandon ou du rejet est la conséquence d'une blessure affective qui ne peut être soignée et guérie qu'en rejouant le passé et en réparant ce qui a été atteint si profondément à l'époque. Plusieurs techniques peuvent être utilisées dans cette optique et l'accompagnement thérapeutique est souvent nécessaire pour agir sur ces parts de vous encore en souffrance mais difficiles d'accès la plupart du temps. Une méthode efficace consiste à visualiser l'enfant que vous étiez et qui a été blessé, et à lui prodiguer l'amour que vous n'avez pas reçu au moment où vous en aviez besoin. En vous représentant consciemment l'enfant que vous avez été et en considérant sa souffrance, vous aurez la possibilité d'entrer en contact plus direct avec votre vécu passé. Cela passe souvent par un travail préalable d'exploration et d'identification des blessures fondamentales et c'est aussi pour cela qu'il est utile de vous inscrire dans le cadre d'un suivi thérapeutique. Le jeu de rôle est là aussi particulièrement adapté : il s'agira d'imaginer que vous avez cet enfant auprès de vous, puis de vous connecter à son vécu douloureux. Vous prenez ainsi le rôle d'un donneur de soin qui va reconnaître la légitimité de ses souffrances et lui apporter une consolation en exprimant tout que vous auriez eu besoin d'entendre à l'époque et qui vous a manqué. Il peut cependant être difficile de se laisser traverser par une telle empathie (y compris vis-à-vis d'une part de soi-même) lorsqu'on est en souffrance ; c'est souvent l'aboutissement d'un travail sur soi qui vous aura dans un premier temps aidé(e) à vous reconnecter à vos émotions.  
 
 
 
Enfin, si les manifestations actuelles de votre blessure d'abandon vous empêchent de goûter à la sérénité dans vos relations affectives, n'oubliez pas que vous avez des ressources à votre disposition pour vous en libérer. Le travail d'introspection et la mise en action concrète se révèlent être des atouts précieux pour avancer, mais ce chemin vers soi en solitaire nous confronte souvent à nos propres limites : se faire accompagner est parfois une nécessité pour pouvoir par la suite prendre soin de soi de manière autonome.

Actualités 03
Quis enim aut eum diligat quem metuat, aut eum a quo se metui putet? Coluntur tamen simulatione dumtaxat ad tempus. Quod si forte, ut fit plerumque, ceciderunt, tum intellegitur quam fuerint inopes amicorum. Quod Tarquinium dixisse ferunt, tum exsulantem se intellexisse quos fidos amicos habuisset, quos infidos, cum iam neutris gratiam referre posset.

Quis enim aut eum diligat quem metuat, aut eum a quo se metui putet? Coluntur tamen simulatione dumtaxat ad tempus. Quod si forte, ut fit plerumque, ceciderunt, tum intellegitur quam fuerint inopes amicorum. Quod Tarquinium dixisse ferunt, tum exsulantem se intellexisse quos fidos amicos habuisset, quos infidos, cum iam neutris gratiam referre posset.

Quis enim aut eum diligat quem metuat, aut eum a quo se metui putet? Coluntur tamen simulatione dumtaxat ad tempus. Quod si forte, ut fit plerumque, ceciderunt, tum intellegitur quam fuerint inopes amicorum. Quod Tarquinium dixisse ferunt, tum exsulantem se intellexisse quos fidos amicos habuisset, quos infidos, cum iam neutris gratiam referre posset.
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